Toute Petite Section (2-3 ans) au Lycée de Tokyo : projet réaliste ?
Last Updated on Mercredi, 23 novembre 2011 04:55 Written by admin Jeudi, 10 novembre 2011 03:52
Addenda 23/11/2011 :
Quelques jours seulement après la parution de cet article, nous apprenons en Conseil d’Établissement du 17 novembre que l’AEFE a refusé l’ouverture d’une TPS à Tokyo. En revanche si la classe de PS n’est pas pleine, il sera possible de la compléter avec des enfants de l’âge de la TPS, à condition qu’ils soient propres : c’est une excellente mesure qui optimise notre budget.
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Parmi les pistes étudiées pour augmenter la fréquentation de notre école, l’ouverture d’une Toute Petite Section (TPS) est envisagée pour septembre 2012. L’APE doute de la viabilité de cette proposition.
Références :
- conseil d’établissement octobre 2011
- conseil d’administration octobre 2011
Les effectifs prévisionnels de 850 élèves à septembre 2012 y incluent « 15 à 18″ élèves en TPS.
La TPS concerne les enfants de 2 à 3 ans, c’est l’année qui précède celle de la PS (Petite Section). A Tokyo, l’association Au Pays des Sakuras a rempli ce rôle depuis 1999 : leur page est ici.
Le projet du Lycée s’écarte du modèle des Sakuras sur plusieurs points.
Les Sakuras ont fermé en juin 2011 et n’ont pas rouvert en septembre, faute d’inscriptions suffisantes.
1. Effectifs…
Phénomène généralement constaté dans toutes les crèches, le nombre d’enfants inscrits en début de chaque année est faible puis croit pour atteindre un maximum à la fin de l’année: c’est la conséquence directe d’une admission à une date variable qui dépend de chaque enfant (anniversaire atteint, propreté, maturité) et du basculement automatique de tout l’effectif vers la PS à une date fixe. Ainsi, aux Sakuras les effectifs typiquement partaient d’environ 5 en septembre et montaient jusque vers 15 en juin. Pour s’adapter à cette situation tout en respectant un équilibre budgétaire, les Sakuras devaient gérer du personnel « saisonnier » : autour de la Directrice présente toute l’année, le nombre d’assistantes devait suivre en continu l’évolution des effectifs.
Le Lycée n’est pas armé à la gestion de personnel de ce type. Pour être économiquement viable, la TPS du Lycée devra réunir 15 inscriptions dès septembre, faute de quoi l’AEFE refuserait son ouverture « à perte ». Il semble peu probable de réunir d’emblée des effectifs triple de ce que les Sakuras comptaient, alors même que le nombre total d’enfants scolarisés au Lycée est en baisse de 20% depuis mars 2011.
En outre, si le Lycée demande que l’apprentissage de la propreté ait été effectué avant l’entrée en TPS, norme en France, cela réduira fortement le nombre d’enfants susceptibles de l’intégrer. Les Sakuras fonctionnaient sur le mode crèche et les couches y étaient autorisées.
2. Encadrement
Si le site des Sakuras mentionne un taux d’encadrement de 8 enfants maximum par adulte, dans la pratique il était plutôt limité à 5. Aussi il faut considérer que ce taux doit être plus faible en début d’année (enfants de 2 ans) qu’en fin d’année (enfants de 3 ans).
Le Lycée proposera une TPS avec encadrement classique de maternelle, à savoir 2 adultes (un enseignant + 1 ATSEM) pour une classe de 15 minimum. Nous craignons fort que les parents considèrent à juste titre que cet encadrement soit insuffisant et qu’ils trouvent des offres correspondant mieux à leurs attentes d’encadrement dans les crèches publiques et privées proches de chez eux.
3. Localisation
Les Sakuras ont fermé, pourtant leurs locaux étaient situés à une minute du site de Fujimi, non loin des lieux d’habitation de très nombreuses familles ayant par ailleurs des enfants scolarisés au Lycée à Fujimi.
On imagine mal ces familles vouloir imposer à leurs enfants de 2 ans un temps de trajet vers Takinogawa de plus d’une heure chaque jour. Seules les familles habitant relativement proche de Takinogawa seraient potentiellement intéressées, mais celles-ci sont actuellement très peu nombreuses. Compte tenu de l’offre immobilière inadaptée aux budgets moyens et hauts dans ces quartiers nord, et de l’excentrage du quartier par rapport à tous les centres d’intérêts habituels (économiques et culturels) des familles clientes du Lycée, il n’est pas du tout évident qu’à plus long terme la population se recentrera majoritairement autour de Takinogawa.
Sous cet angle il semble que l’ouverture d’une TPS à Takinogawa ne puisse rencontrer qu’un succès très limité, pour cause d’éloignement des foyers francophones, surtout en 2012. Le même obstacle existe pour les « nouveaux publics » que le Lycée souhaite conquérir et qui, tout comme nous, a priori n’habitent pas dans les quartiers nord de la ville.
La question mériterait d’être étudiée de nouveau dans plusieurs années, si on constate une redistribution géographique importe de la parentèle.
4. Prix
Le Lycée envisage une facturation au même niveau que la PS, soit 948k¥ pour un enfant français, 1375k¥ pour un non français. Les Sakuras facturaient leur service 798k¥ pour 4 jours par semaine, tarif proche de celui de la PS au Lycée au prorata du nombre de jours. Ces tarifs sont très élevés par rapport à la concurrence en crèche japonaise. Le contenu n’est pas le même, certes; mais c’est justement parce que la parentèle estime qu’il n’est pas essentiel (au niveau pédagogique) de mettre un enfant dès la PS au Lycée, vu son coût et les autres contraintes, que les effectifs de PS sont plus faibles que ceux de MS (typiquement 2/3). Le même raisonnement sera tenu pour la TPS avec encore plus d’impact, comme cela a été le cas depuis toujours aux Sakuras.
Quant à la population riveraine, essentiellement japonaise et peu fortunée, nous ne voyons pas comment elle pourrait débourser de telles sommes pour placer leurs enfants en maternelle au Lycée, avec en outre un avenir scolaire incertain au-delà de la GS.
Seul facteur prix favorable à une TPS au Lycée: celle-ci entrerait dans le cadre des bourses de l’Etat français, du moins tant que les TPS existent au sein de l’Education Nationale.
5. Prospective
<< Ces 10 dernières années en France, [...] le taux de scolarisation des moins de 3 ans a chuté de plus de moitié, passant de 34,5% en 2000 à 13,6% en 2010. >> voir source
La TPS consomme des ressources humaines qui commencent à faire défaut au reste de l’école primaire. Nous ne serions pas étonnés de voir les TPS fermées en France, par souci budgétaire, et devoir ainsi fermer la TPS de Tokyo quelques années seulement après son ouverture.
Le but de cet article n’est pas de décourager l’ouverture d’une TPS, nous ne pouvons qu’espérer que cette démarche aboutisse mais nous devons aussi rester réalistes et critiques devant les projets de l’école, d’autant plus qu’à long terme les frais de scolarité seront affectés directement par notre capacité à offrir un cursus attractif et rentable.
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